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Retour sur les régionales

Ceux qui ne sont pas venus 2

Il va nous falloir longtemps pour mesurer les événements qui viennent de nous frapper. Élimination des partis de gauche du paysage politique dans plusieurs régions, explosion des scores du Front national et abstention toujours massive. Bien sûr, nous avons des éléments  d’analyse : ce sont des tendances lourdes qui se sont aggravées. Quant à moi, je tâtonne et je tombe de haut. Après un mandat de conseiller régional bien rempli, passé à ingurgiter les dossiers, à apprendre, rencontrer, découvrir, défendre, attaquer, après une campagne menée tambour battant dans le Rassemblement, voilà le vide et l’amertume de laisser la place à une nouvelle assemblée bleue et brune. Comment tout cela a-t-il pu déraper à ce point ? Le problème n’est pas ma personne bien sûr mais le sacrifice de toute une famille de pensée, faute d’avoir pu parer le désastre. Après l’action revient le temps des interrogations.

Fin septembre, constatant l’impossibilité d’une liste comprenant le PCF, le Rassemblement mené par Sandrine Rouseau part en campagne dans la configuration EELV-PG-ND-NGS et le soutien de collectifs citoyens. On me demande de prendre la tête de liste dans le département du Nord, malgré mes réticences car, étant engagé professionnellement, je doutais de pouvoir assumer cette fonction. C’est un magnifique cadeau qui m’est alors fait. Je puis témoigner combien notre liste a tout donné pour porter un programme à la fois le plus ambitieux et le plus révolutionnaire dans le cadre de ce qu’autorisent les compétences d’un conseil régional. Et pourtant…

Cette campagne a été, suivant l’expression de notre directeur de campagne Enzo Poultrenier, « à handicaps ». Dès la décision courageuse prise par les adhérents d’EELV dans notre région, à la fois de refuser l’union avec le P « S » au premier tour, tout en tendant la main aux forces du Front de gauche pour construire une alternative à gauche et écologiste, la presse ne vibrait plus que par les départs organisés soigneusement pour affaiblir notre allié. Les traîtres de Carnaval qui quittent alors EELV vont saturer l’espace médiatique autour de leur ancien parti qui commence à en subir les retombées dans les sondages.

Il y eut deux temps dans cette campagne : avant le 13 novembre, où l’opinion se désintéressait de cette « drôle de guerre », moment où les listes se faisaient ou pas, où le paysage du premier tour se dessinait dans une relative indifférence tant le scrutin régional échappe au sens commun. Et après le 13 novembre, l’ambiance belliciste générale a achevé de nationaliser un vote qui, dès lors, ne laissait plus d’espace aux thématiques locales ni aux débats autour de la COP21 dont nous supposions qu’ils renforceraient nos positions.

Il est important d’y insister. Ce qui a signé l’échec électoral du Rassemblement, nouvelle offre politique difficile à identifier par les électeurs, c’est que les élections régionales ne constituent qu’une faible opportunité de mobilisation citoyenne. D’abord car les compétences de la région sont mal connues et partielles (ce n’est pas un État), ensuite car les occasions d’interactions avec les citoyens sont au final très faibles. J’aborde là un point qu’il faut regarder avec lucidité. Une campagne locale de terrain met en mouvement plusieurs centaines de courageux militants et sympathisants, pour essayer de toucher plusieurs millions de personnes, autant dire un défi impossible à relever sans une ambiance nationale porteuse. Que dire alors quand cette même ambiance est contre nous ? J’ai participé à deux débats organisés par les télévisions locales au nom du Rassemblement. Combien ai-je eu de retours de proches, collègues, relations, qui m’auraient vus sans être prévenus spécifiquement ? Un seul. C'est dire l'attention de l'opinion pour ces élections.

Sans un fort relai national, si possible par une offre politique cohérente et unitaire que le PG a proposée aux formations d’opposition de gauche au P « S », il était logique de souffrir d’invisibilité. Dans ce contexte, la décision aggravante du PCF de faire cavalier seul dans notre région nous a immanquablement ramené au rang de petites listes, lui comme nous, et aggravé cet état de fait. Mais qui aurait pu imaginer le choc du 13 novembre ?

Oui il était difficile de faire exister le Rassemblement dans l’espace public, d’autant que c’est une coalition neuve, et qu’en temps de crise profonde les électeurs se raccrochent aux marques qu’ils identifient bien (FN, PS, PCF, etc.) « vues à la télé ». Pour les citoyens qui nous regardent à travers l’épais brouillard du quotidien, et ne perçoivent que quelques signaux quelque fois contradictoires, l’arène politique est illisible au-delà d’un tripartisme installé et entretenu par les médias. Il faudra s’en souvenir pour la suite. Justement, parmi les difficultés, il faut citer la paresse des commentateurs politiques qui réduisaient si souvent la couleur de la liste à celle de sa tête de liste, malgré les innombrables communiqués correctifs de l’équipe de campagne en direction des médias locaux. Tout ceci pour relativiser les vains commentaires de ceux qui, après coup, avaient tout prévu…

Enfin, pour achever de perdre l’électeur de gauche, il ne vous a pas échappé qu’une liste usurpait le logo Front de gauche, bien que le PG n’en était pas membre, et bien qu’elle n’en porte ni la lettre ni l’esprit. La preuve en est le communiqué d’après premier tour où ne figure pas une fois la référence au Front de gauche mais au seul « Parti communiste français ». Exeunt les bagages accompagnés ! Et dire que certains auraient voulu nous entraîner dans une liste où l’insincérité le disputait à la vacuité des idées… Il faut dissiper cette illusion. Une liste du Rassemblement + PCF n’aurait probablement pas atteint les 10%, sauf à ne pas faire campagne du tout. Car dès que nous aurions essayé de parler, les contradictions fondamentales auraient éclaté entre ceux qui ont des choses à dire sur la région et ceux qui, décidemment, ne savent pas quoi en faire et ne voulaient pas parler de programme. Quelle bonne surprise de trouver dans le programme de l'Humain d'abord, publié des semaines après le nôtre, une sympathique coloration écologique que je n'avais pas perçue durant le précédent mandat chez les collègues communistes… coloration qui n'allait malheureusement pas jusqu'aux mêmes conclusions sur les grands travaux inutiles et imposés (Canal Seine-Nord, Réseau express Grand Lille). Il ne suffit pas de mettre le mot "écologique" à chaque chapitre pour acquérir une crédibilité en la matière. Eh oui, pour faire alliance, il faut pouvoir porter des idées communes, ce qui n'était pas évident pour une élection régionale. D’autres échéances et terrains y seront peut-être plus propices, qui vivra verra. Après tout, prenons les bonnes nouvelles d'où elles viennent : le PCF régional a tellement investi sur le Front de gauche et tellement avancé sur l'écologie (en gardant sa crédibilité sur le social) que pour les prochaines élections cela facilitera bien les rapprochements sur le fond, j'en suis persuadé et j'ai hâte d'y être ! Plus sérieusement, cette situation a eu des conséquences : de nombreux témoignages d’électeurs nous sont parvenus qui ont voté pour la liste du PCF au lieu de la nôtre, trompés par le logo Front de gauche affiché en énorme sur son bulletin de vote. Ce phénomène ne peut être quantifié mais il est suffisamment important pour avoir été rapporté de façon insistante après le 6 décembre, de tous les coins de la région.

 J’ai la conviction que nous avons fait ce qui pouvait être fait en l’état des possibles. Je n’ai qu’un regret, déjà mentionné, qu’un cadre national n’ait pu nous donner plus de visibilité et un élan dont nous avons cruellement manqué en dépit de l’exemplarité et de l’enthousiasme de notre démarche. Quelle liste a réellement fait un alliage de 4 organisations politiques aux histoires différentes et de citoyens engagés ? Quelle liste a tenté 10 forums participatifs locaux pour constituer l’essentiel de son programme ? Quelle liste était exemplaire quant au non-cumul des mandats en nombre et dans le temps, rassemblée autour d’une charte éthique ? Quelle liste proposait un vrai projet de développement local crédible, à la fois social et écologique, chiffré et conforme à l’intérêt général, hors de tout esprit de compétition, proprement révolutionnaire pour la région ? Quelle liste a refusé la démagogie de parler de sécurité, et d’affabuler sur l’économie et l’emploi pour rester sur les vraies compétences régionales ? Quelle liste a dénoncé l’austérité imbécile des politiques budgétaires, en y répondant par des propositions sociales et écologiques réalistes ? Nous devons être fiers de ce bilan qui a déjà demandé bien du travail. Tout cela nous donne du carburant pour la suite des événements, locaux comme nationaux.

Jusqu’à la lie nous avons dû boire le calice de la défaite. Pour ma part, j’ai utilisé le bulletin Xavier Bertrand au second tour car c’était le seul utile pour battre la Le Pen. Je préfère un mec de droite aux idées fausses à une facho trop intelligente à la tête de la région. Par égard pour les salariés du conseil régional, je ne pouvais pas contribuer à la catastrophe qu’aurait été une majorité FN. Le FN n’est pas apparu fin 2015, il progresse résolument depuis les municipales de mars 2014 et à chaque nouveau coup de boutoir, les partis de gouvernement promettent une réponse adaptée. On a vu. Après avoir paré au plus pressé, après le lâche soulagement du 13 décembre qui n’est jamais qu’une victoire à la Pyrrhus, il nous faut prendre au sérieux l’étude du phénomène politique FN, son succès et son ancrage, qui est l’autre face de l’abstention. Toute reconstruction politique passe par ce préalable : comprendre pour agir, pour cesser de tâtonner.

L’horreur, l’humeur, l’honneur

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On me pardonnera de reprendre de façon détournée un célèbre aphorisme du Prince de Ligne comme titre, pour exprimer les sentiments qui m’animent à ce moment.

Hier soir, comme des millions de gens, j’ai suivi consterné les événements parisiens, avec le bilan insoutenable que nous leur connaissons, à cette heure 129 morts et plus de 350 blessés. Comme des millions d’autres, j’ai revécu le sentiment douloureux qui nous a saisi en janvier dernier d’une rupture du fil de l’histoire. Que faisions-nous la journée de l’attentat, quels projets faisions-nous ? Tout cela a fané en quelques heures : souvenirs joyeux, projets personnels et collectifs, toute l’adrénaline de l’engagement, tout est maintenant pétrifié, jauni comme de vieilles photos. Nous sommes tous en deuil. C’est maintenant le temps du recueillement en hommage aux victimes de ces lâches attentats.

J’exprime ici mon dégoût à l’égard des responsables UMP et FN qui ont commencé à polémiquer sur les réseaux sociaux dès hier, alors que le calme n’était pas encore tombé sur les lieux d’attentat. Je pourrais les qualifier de « vautours » ou de « charognards » mais ce serait faire insulte à ces animaux bien utiles, utilité qui ne saute pas aux yeux concernant Aliot, Morano, de Villiers et consorts. Comme toujours, la palme revient au Front national qui a fait assaut de bassesses depuis 24 heures. Alors que tous les partis politiques ont suspendu leur participation à la campagne électorale des régionales, de façon tacite devant la catastrophe qui touche la Nation et en respect du deuil national, le FN a collé aujourd’hui des centaines d’affiches à l’effigie de Marine Le Pen aux alentours de Lille. En même temps, la présidente du Front national est intervenue aujourd’hui pour rappeler son soi-disant plan anti-terrorisme (datant de janvier dernier) qui amalgame insécurité et immigration en France. Enfin, les « identitaires » d’extrême-droite, toujours proches du FN, relèvent la tête, multipliant les provocations comme cet après-midi à Lille lors du rassemblement en hommage aux victimes des attentats d’hier. Bref, ces gens-là divisent le pays au moment où la pondération et la raison nous commandent au contraire d’opposer un front uni à l’agresseur.

On peut éprouver une réserve instinctive vis-à-vis des injonctions à l’unité, c’est mon cas, mais soyons conscients qu’il entre dans les objectifs même de l’ennemi de créer des divisions entre les citoyens de notre République. Aujourd’hui, le recrutement de djihadistes passe par l’embrigadement de jeunes personnes à qui l’on fait croire qu’elles appartiennent à une communauté brimée, distinctes du corps de la Nation, autrement dit que leur proximité réelle ou fantasmée à la religion musulmane leur assigne une identité (ce qui est d’autant plus facile à faire croire qu’ils vivent une réelle discrimination territoriale, économique et sociale). Or, c’est la négation de la République car celle-ci refuse de trier les citoyens selon leur religion, et encore plus de désigner des boucs émissaires.

Pour que les terroristes n’aient pas gagné, nous devons ne pas nous diviser. Comme le déclare Christian Salmon, « le terrorisme n’a qu’un but : imposer son récit d’un monde en guerre ». Disons-le, FN et terroristes ont des intérêts convergents, le premier en jouant de la peur créée par les attentats pour discriminer les minorités visibles et dessiner ainsi un portrait en blanc de la Nation, les seconds car ils veulent casser le modèle de coexistence laïque et pacifique qu’incarne la France, aussi imparfait soit-il. D’où la jubilation des frontistes en cette période affreuse.

Cela nous oblige, nous républicains de gauche et écologistes, à défendre un projet collectif respectueux de l’intérêt général. La réponse que je préfère est celle de l’égalité, de la fraternité et de la laïcité, en intégrant enfin la prise en compte de notre écosystème commun. Résister, c’est aussi déclarer que nous garderons notre joie de vivre. Chers terroristes, vous ne nous ferez pas changer, nous voulons même améliorer nos réflexes républicains.

 

L’honneur, enfin, c’est celui des citoyens qui se sont mobilisés pour donner leur sang en solidarité avec les victimes, au point de saturer aujourd’hui les centres de transfusion. C’est aussi la qualité de nos pompiers, flics, urgentistes, infirmières, tous ceux qui contribuent au service du public, celles et ceux qui, bien qu’en repos, sont revenus spontanément au travail car ils savaient être utiles. Gloire leur soit rendue, ils sont notre honneur.

Comme beaucoup, je pense avec émotion aux familles des victimes, celles qui ont succombé comme celles qui se battent encore contre la mort. Nous n’oublierons jamais.

Pourquoi le Parti de Gauche, membre du Front de gauche, est dans le Rassemblement

Notre Rassemblement pour une région citoyenne, écologique et solidaire est entré en campagne. Alors qu'en décembre notre région pourrait basculer aux mains de la droite ou du Front national, des craintes s'élèvent dans nos rangs. Nombreux sont les messages d'inquiétude de militants et sympathisants du Front de Gauche qui s'alarment de bonne foi de voir deux listes soutenues par des composantes du Front de Gauche (FdG) dans le Nord Pas de Calais – Picardie : d'un côté le Rassemblement qui regroupe le PG, EELV, Nouvelle Donne, la Nouvelle Gauche Socialiste et des collectifs citoyens, et de l'autre la liste du PCF soutenue par une partie d’Ensemble ! (Nord-Pas-de-Calais seulement). J’entends ces inquiétudes et tiens à clarifier dans ce long billet une situation que certains maintiennent intentionnellement dans le flou.

Le projet de la liste à laquelle participe le Parti de Gauche a toujours été de construire un large rassemblement pour proposer un projet citoyen, écologique et solidaire, à même de répondre aux attentes et besoins des citoyens et du territoire où nous vivons. Ce projet co-construit entre partenaires politiques et société civile est en marche.

Le PCF a refusé à de nombreuses reprises la main tendue par notre Rassemblement et tente maladroitement de nous imputer l'échec des discussions. Il est de son droit le plus absolu de partir seul, mais nous ne pouvons nous laisser accuser d’être des diviseurs, alors que nous-mêmes nous présentons unis à trois autres partis et organisations politiques. Il est donc nécessaire de clarifier une dernière fois la situation avant de consacrer notre énergie à combattre nos seuls vrais ennemis : la droite et l'extrême droite. Mais pour ce faire, reprenons l’histoire par le début.

 

En avril dernier, EELV a pris l’initiative d’inviter l'ensemble des partis de gauche (et même le P « S ») à débattre à l'occasion de trois ateliers : le 30 mai à Hénin-Beaumont sur le climat, le 6 juin à Amiens sur l'égalité des territoires et le 13 juin à Lille sur l'emploi. Le PG y a été représenté par Sébastien Polvèche, puis Marie-Laure Darrigade (future co-tête de file régionale du PG), et enfin par moi-même. Le PCF n'a pas pu se rendre disponible pour le premier débat mais a participé aux deux autres, représenté par Fabien Roussel. Ces débats ont permis d'exposer les convergences et divergences en toute transparence. Disons que, autant le discours général tenu par Fabien Roussel sur les questions sociales et économiques nous est apparu pertinent, autant nous n’avons pas adhéré à la dimension écologique qu’il a voulu développer. J’y reviendrai plus loin. En revanche, Sandrine Rousseau a pu, lors des conclusions de chacun des débats, faire la synthèse de ces deux axes idéologiques qui comptent beaucoup pour le PG, notamment en refusant publiquement l’orientation « compétitivité, croissance, attractivité » des politiques économiques régionales accentuée par la récente loi NOTRe. Ce faisant, elle rejoint notre idéal, celui d’une société écosocialiste.

 

Le 1er juin, les forces du Front de gauche (PCF, PG, Ensemble !) se réunissent à Longueau, à l’invitation des cinq secrétaires fédéraux du PCF de la région. Nous y apprenons que Fabien Roussel a été désigné comme tête de file par les communistes pour la prochaine élection, ce que nous analysons positivement car c’est un vrai changement de génération à la tête du PCF régional qui se donne-là un leader combatif. Ce dernier nous propose de constituer une liste FdG, sur laquelle nous pourrions inviter EELV. Depuis l’expérience positive des départementales à Lille et dans toute l’Oise, nous savons que si nous ne voulons pas une liste de témoignage, nous devons faire en sorte que EELV soit de la partie. J’exprime au nom du PG l’idée que le dépassement du PS avec l’ensemble des forces à sa gauche, dont EELV, est notre objectif politique.

 

Plusieurs rencontres ont lieu de mi-juin à mi-juillet avec l'ensemble des formations politiques de gauche. EELV a rencontré le PCF le 6 juillet et chacun a pu échanger sur ses souhaits et attentes. EELV comme le PCF a affirmé son attachement à ce que la liste soit conduite par un des leurs. Les questions de l'énergie et des transports sont identifiées comme des sujets potentiellement clivants.

Nous rencontrons ensuite EELV le 9 juillet, rencontre au cours de laquelle nous faisons le constat de nos convergences de vues sur le fond et sur l’objectif politique de passer en tête de la gauche. Il est alors organisé une rencontre générale EELV – FDG le 16 juillet à Amiens à laquelle ni Fabien Roussel ni moi n’étions présents. J’expliquerai pourquoi plus bas.

Bien que le manque d'enthousiasme du PCF soit manifeste durant cette rencontre, il a été décidé de créer trois groupes de travail pour l'été : un sur le projet, un sur l'organisation de la campagne et un dernier sur la composition des listes. Le PCF malgré l'accord de principe, n'a pas pris part au travail des groupes, sans en avertir jamais les participants. Le groupe « projet » a produit un travail significatif en présence de représentants d'EELV, d'Ensemble et du PG, toujours en invitant le PCF qui n'a jamais répondu. Le groupe « campagne » a commencé à travailler aussi, sans participation des communistes. Or, c’était bien sûr n boycott volontaire de la part de la direction communiste. Je le sais de façon directe car si Fabien et moi n’étions pas à la réunion du 16 juillet, c’est que nous nous trouvions en Avignon à l’occasion du Festival, auquel j’assistais au titre du conseil régional. Nous nous sommes croisés par hasard le 18 juillet à l’occasion de la soirée donnée par la région. Fabien me dit alors de façon assez énervée qu’il n’est pas question de participer à quelque réflexion programmatique que ce soit si Sandrine Rousseau ne lève pas son préalable sur la tête de liste.

Cette affaire du « préalable », vidons-là dès maintenant. En effet, Sandrine Rousseau a indiqué dès le début qu’une alliance EELV-FdG sur la région ne serait soutenable dans son parti que si elle prenait la direction de la liste unitaire. Il n’y avait donc aucune surprise dans cette demande, qui n’était que le reflet inversé de celle du PCF. En effet, le PCF n’a jamais envisagé l’union avec lui que derrière lui, nous le savons bien. Ce n’est donc pas une faute morale de la part d’EELV, puisque le PCF tenait un raisonnement symétrique. Il y avait donc la franchise d’un côté, et la tactique de l’autre.

J’ajoute qu’il n’y a pas là de « querelle d’egos », à quoi on réduit trop simplement le différend. Les collègues d’EELV souhaitaient une tête de liste capable de porter les valeurs de l’écologie politique, alors que les camarades communistes voulaient que cette tête de liste exprime avant tout la résistance aux politiques d’austérité. Dans la mise en récit, il est facile de réduire l’histoire à un affrontement de personnes quand ce sont deux visions du monde qui en réalité se confrontent, soutenues par des réseaux, des militants, des histoires différentes. C’est pour cela que le combat unitaire vaut la peine d’être mené, comme le Parti de Gauche en fait l’expérience depuis 2009.

 

Dans le même temps, à partir de la mi-juillet, nous voyons fleurir dans toute la région des affiches "L'humain d'abord, avec Fabien Roussel" et les premiers tracts PCF. Nous avons, au Rassemblement, préféré construire une stratégie dans le respect de l'ensemble des membres. À chacun de juger de l'attitude la plus unitaire… Pour les camarades du PG, il a été difficile de lire dans plusieurs journaux (Liberté Hebdo, Voix du Nord) que Fabien Roussel était investi comme tête de file du Front de gauche (par le seul PCF), sans même nous consulter. Ce point-là va être déterminant pour faire pencher la balance en interne au PG, dans une région où le FdG est déjà fragilisé par l’attitude des responsables communistes qui le réduisent à une alliance électorale.

 

Face à la politique de la chaise vide organisée par Fabien Roussel, nous avons tenté de renouer le contact avec une réunion organisée le 24 août à Lille pour EELV et les forces du Front de Gauche. Le PCF et Ensemble ! réclament avec insistance que EELV signe l’appel élaboré dans le cadre du FdG en juillet (en gestation depuis juin). Or, comme nous l’avions prévu, il était impossible pour EELV de signer un tel texte sans avoir participé à sa construction. Il ne s'est jamais agi pour EELV de rejoindre le FDG mais de créer un rassemblement plus large, nouveau, et non réductible aux partis le composant. Il a été proposé d’écrire un nouveau texte de zéro, mais l’idée n’a pas été retenue.

La discussion a ensuite tourné autour de la question de la tête de liste. EELV a fait valoir les qualités d'une tête de liste écologiste, et le PCF celles d'une tête de liste communiste. Quant au PG, il ne s’est pas opposé à une tête de liste EELV, car nous avions déjà vérifié lors des ateliers organisés par les Verts en juin notre compatibilité programmatique, compatibilité problématique avec le PCF dès lors que celui-ci refuse de parler du contenu. Dès lors, tout était possible.

EELV a finalement proposé (devant témoins) un possible atterrissage avec une répartition donnant la tête de liste régionale à EELV, assortie de la tête de liste dans le Nord pour Fabien Roussel qui deviendrait également porte-parole de la campagne, manière de mettre en évidence un binôme paritaire EELV-FdG dans la campagne.

Cette proposition a été refusée par la délégation communiste. Fabien Roussel répond que pour lui, il y a 180 candidats, ce que nous analysons comme une manière de refuser le « binomisme ». Le plus extraordinaire reste la proposition énoncée par Fabien Roussel de recourir à une sorte de primaire ouverte pour désigner la tête de file régionale, proposition qu’il contredit lui-même devant tout le monde avant même d’avoir fini de la prononcer en disant que c’est trop tard ! Et pourtant ce trompe-l’œil sera resservi dans Liberté Hebdo, organe de presse du PCF Nord-Pas-de-Calais, puis dans le Courrier Picard !

Quelques heures plus tard, nous apprenions par voie de presse (un tweet de Martin Igier ainsi qu'un article de La Croix du Nord) que Fabien Roussel jugeait un accord impossible, ceci sans nous en avertir. Où se trouve la volonté d'accord ?

Dans le numéro suivant (28 août) de Liberté Hebdo une page entière annonce que « Les Verts rompent les négociations avec les communistes » (sic), faisant peu de cas du PG au passage. Les propositions d’EELV citées plus haut sont qualifiées de « marchandage » « sans discussion sur le programme », ce qui ne manque pas de sel quand on se souvient que le PCF a boycotté le groupe de travail sur le projet collectif.

 

C’est dans ce contexte de blocage des discussions que, le 9 septembre à Arras, le PG régional devait prendre position en pionnier sur ses propositions d’alliance. J’ai introduit la séance par un rapport sur la situation politique qui débouchait sur une résolution élaborée à plusieurs voix. Cette résolution demandait l’approfondissement des négociations avec EELV, ND et NGS, et invitait le PCF et Ensemble ! à rejoindre la dynamique en cours. Cette priorité donnée à EELV et aux autres partenaires résultait des événements précédents (départ en campagne et déclaration unilatérales de Fabien Roussel comme tête de file « Front de gauche », boycott sur le projet politique). Les camarades du comité du Douaisis ont proposé une autre résolution qui proposait la priorité inverse, à savoir établir une liste FdG, puis appeler  EELV à la rejoindre. Après un riche débat, la première résolution recueille 75% des suffrages des présents. Il faut lire ce résultat comme une prise d’autonomie du PG, qui très globalement (même chez les 25% minoritaires) déplore l’attitude désinvolte du PCF à son égard, pour qui l’unité à un goût de subordination. Nous n’avons pas de suzerain.

Puis c’est au tour d’EELV régional de se prononcer le 12 septembre à 75% pour une liste en autonomie du PS et qui tend la main aux forces du Front de gauche. C’est un signal politique d’une telle importance qu’il a constitué un tournant dans l’histoire d’EELV. À partir de là, une stratégie de départs perlés de grands importants d’EELV pro-Hollande se met en place pour nuire le plus possible à leur ancien parti. Dès lors il est manifeste que la position défendue par Sandrine Rousseau, désignée tête de file d’EELV pour les régionales, est d’importance nationale. La résolution adoptée par EELV Nord-Pas-de-Calais-Picardie tourne clairement le dos aux politiques de l’offre et traduit une attente considérable de rapprochement entre les lignes sociales et écologiques de la gauche.

Le 17 septembre, la Voix du Nord publie un sondage régional qui place une liste « PG-EELV-ND  conduite par Sandrine Rousseau » à 10%, tandis que la liste « PCF » conduite par Fabien Roussel est créditée de 5%. L’IFOP sonda aussi l’hypothèse d’une liste Front de gauche (9%) face à une liste EELV (5%, dans le contexte national très défavorable que nous savons). Que croyez-vous que déclara Fabien Roussel dans un communiqué tonitruant ? Que le FdG faisait déjà 9% sans que la campagne ait commencé… Le 18 septembre, Fabien Roussel déclare à la VdN : « Cela conforte la force du Front de gauche. D’ailleurs, avec le PG, nous allons nous rassembler ces prochains jours ». Aveuglement ? Auto-intoxication ? Stratégie interne au PCF ? Quoi qu’il en soit, peu importe le vote interne du PG, peu importe que l’hypothèse d’une liste « FdG » n’ait pas de réalité puisque jamais les conditions d’une telle convergence n’ont été créées, jusqu’au bout il s’agit pour les responsables du PCF de revendiquer les lauriers du FdG.

Ah ! Cet amour du Front de gauche de la part des leaders communistes, que nous aurions aimé l’entendre chanter aux municipales et aux départementales, dans le Pas-de-Calais ou la Somme par exemple, ou entre les élections… !

Suite à un courrier d'interpellation collective d'Ensemble !, et alors que nous avions toujours dit que nous étions ouverts à la discussion, une nouvelle réunion a été organisée le 17 septembre à Fresnes-les-Montauban. Ensemble ! nous a indiqué tardivement son absence, ainsi que celle du PCF, au motif que la réponse d'EELV n'avait pas été adressée dans les formes… À quoi tient le sentiment unitaire !

Le 20 septembre sortait un nouvel article de presse dans Nord Littoral indiquant que le PCF part seul, prévoyant déjà l’ordre de priorité des communistes à élire au second tour sur une liste PS. Face à l'attitude du PCF, nous avons pris le parti de ne plus compter sur leur soutien, et de construire notre Rassemblement et notre projet avec le soutien de la société civile de 4 organisations politiques : EELV, le Parti de Gauche, Nouvelle Donne et la Nouvelle Gauche Socialiste. Nous avons mis en place une démarche de construction de projet avec la société civile à travers des forums participatifs sur l'ensemble du territoire de la région Nord Pas de Calais – Picardie complétés par une plateforme en ligne.

Le 24 septembre au soir a eu lieu la réunion de l'Appel citoyen (avec EELV, le PCF, Ensemble, le PG, la NGS, et ND) au début de laquelle a été convenu que si aucun accord n'était trouvé, aucune formation ne rejetterait la faute sur une autre. Force est de constater que les cadres communistes n'ont pas assimilé cette consigne. Fabien Roussel a fait lors de cette réunion la proposition inverse du 24 août, à savoir un binôme composé d'une tête de liste communiste et d'un porte-parolat écologiste, comme si notre Rassemblement de quatre organisations n’avait aucune consistance, et comme si nous cherchions à changer de tête de liste… Sandrine Rousseau, parlant cette fois au nom du Rassemblement, réitère la proposition du 24 août et y ajoute le partage des temps de parole de la liste, sans succès.

Jean-Luc Mélenchon est venu donner une conférence à l'IEP de Lille le 29 septembre. A cette occasion, il a rencontré les responsables communistes du Nord et du Pas-de-Calais, Fabien Roussel et Hervé Poly, puis Sandrine Rousseau. A la conclusion de sa conférence, Jean-Luc Mélenchon a appelé clairement à l'union dans notre région, actant que les communistes étaient isolés alors que les autres composantes de la gauche étaient en cours de rassemblement. Peine perdue puisque l'après-midi même, nous étions informés de la dernière annonce de départ en solitaire de Fabien Roussel. Suite à cette annonce, une ultime proposition de rencontre a été faite par Sandrine Rousseau à Fabien Roussel le 30 septembre (voir bas de note), restée sans réponse.

Depuis lors, plus aucune relation n’existe entre les équipes du PCF et du Rassemblement, sauf d’initiatives individuelles. Dans la presse, Fabien Roussel tente de faire passer sa liste « PCF + autres » pour « La » liste FdG de cette régionale, feignant de ne pas voir que si le Parti de Gauche n’en est pas, il n’y a donc pas de liste Front de gauche lors de cette élection. Pauvre logo du Front de gauche, devenu la feuille de vigne qui cache la nudité du PCF… Il répète partout qu’il a fait les plus belles propositions unitaires, si belles que l’on se demande comment expliquer leur échec. Bien sûr le PCF a évolué depuis le début de nos négociations et s’est converti tardivement au « binomisme » mais n’a pas voulu saisir la perche tendue à plusieurs reprises.

Le couronnement de l’offre unitaire du PCF est bien sûr le lancement de la liste le 3 octobre au Grand Palais. Lancer une liste tout en disant que l’on tend la main pour un rapprochement, tout est résumé là.

J’avais promis plus haut de revenir sur la synthèse opérée par Sandrine Rousseau et notre liste dans cette région, à la fois critique sur les politiques d’austérité et engagée dans un cadre écologiste, qui a convaincu nombre de camarades du PG. Pour les membres du PG, la dimension antiaustéritaire des politiques budgétaires est nécessaire mais non suffisante. Critiquer la politique budgétaire imposée par les traités européens est une (bonne) chose, mais sans donner de perspective de transformation de l’appareil productif en un modèle plus vertueux pour notre écosystème, cela revient à faire tourner le moulin à prières. Sauf à être dévot, cela ne mène à rien. Fabien Roussel a souvent mis en question EELV sur le sujet de l’austérité, mais comment imaginer un rassemblement qui ne serait pas clair sur la politique de l’offre, avec dans ses rangs ND, la NGS et le PG ? Et quelle est la crédibilité de Fabien Roussel sur les questions écologiques, qui sont aujourd'hui au fondement de notre vision politique ?

Nous proposons une alternative sociale et écologique aux politiques actuelles, et nous avons des arguments pour cela. Pour ma part, pressenti en tant que tête de liste départementale du Nord, j’aimerais croire qu’un accord entre le Rassemblement et le PCF soit encore possible, mais le cœur n’y est plus, tant les prétentions de la liste L'Humain d'abord sont intenables. Si cela était utile à la cause, je serai évidemment prêt à remettre en jeu la tête de file départementale.

Au total, Fabien Roussel a annoncé publiquement à deux reprises qu'un accord avec le Rassemblement était impossible (fin août et fin septembre), est parti en campagne personnelle dès la mi-juillet et a lancé sa liste le 3 octobre. Il a boycotté les groupes de travail sur le projet régional, boudé le rendez-vous de Fresnes-les-Montauban, pour finir par ne pas répondre au dernier message de Sandrine Rousseau. Pendant ce temps, nous avons constamment répondu "présents" à chaque initiative unitaire, qu'elle vienne de nous ou d'autres, n'avons publié aucun communiqué négatif et au contraire, nous avons toujours cherché où pouvait se trouver le point d'équilibre pour un compromis acceptable. Je puis témoigner ici des longues heures d'échange avec Sandrine Rousseau et les principaux responsables d'EELV, du PG, de la NGS puis de ND pour tenter, tout tenter, pour un accord. Nous n'avons pas trouvé ce point d'équilibre, mais nous l'avons cherché avec ardeur et sincérité.

Je n’ignore pas le mal-être qui existe dans les forces du FdG du fait de notre éparpillement, et je sais nombre de camarades communistes profondément meurtris par la situation. Tout ce que j’ai écrit ici contribuera je l’espère à clarifier les choses entre nous. Le PG n’enterre pas le FdG, mais le FdG ne peut pas être « à la carte », quand les dirigeants communistes ont en besoin. Pour notre part, nous ne pouvons nous contenter d’une alliance sans contenu, comme celle qui nous était proposée, derrière une tête de liste auto-proclamée quelles que soient les qualités de celle-ci. Je pense que si chacun fait l’effort de se mettre à notre place, il comprendra notre point de vue.

Nous sommes entrés en campagne dignement, dans le respect des autres listes de gauche. Il est essentiel que nous nous concentrions sur la vraie priorité : proposer un projet politique viable pour battre la droite et l'extrême droite.

C'est ce à quoi nous nous consacrons désormais.

 

Post Scriptum après parution du sondage BVA : beaucoup s’émeuvent après ce sondage de voir que la gauche alternative au PS est encore divisée, et ne comprennent pas pourquoi l’union ne se fait pas. Un sondage n’invalide pas ce que j’ai écrit précédemment. En notre nom, Sandrine Rousseau a tendu la main suffisamment tôt et jusqu’au bout de nos possibilités. Toutes les enquêtes d'opinion nous ont placé devant le PCF, ce qui conforte notre revendication de conduire une liste unitaire du Rassemblement, tout en mettant en évidence un binôme paritaire EELV-FdG. Après le 30 septembre, nous n’avons plus jamais reçu de nouvelles ou propositions de Fabien Roussel.

Pour l'Histoire, voici le dernier SMS de Sandrine Rousseau à Fabien Roussel, envoyé le 30 septembre et resté sans réponse :

"Cher Fabien,
Je sais que vous êtes partis en campagne et comme nous les BAT ont été validés. Je pense cependant que les listes ne seront déposées que le 6/11 et donc d'ici là nous pouvons aussi, si vous le souhaitez, prévoir une campagne en deux temps. Un premier où tu rassembles les communistes, un second où nous nous rassemblons. 
Je reste persuadée que le risque est grand que les communistes disparaissent de l'assemblée et je trouve que ce serait un coup porté à votre électorat qui doit être représenté. Bertrand Pericaud a fait du travail de terrain comme beaucoup d'autres. Comment prendre le risque qu'il s'arrête ? 
Je suis donc ouverte en "off" ou en "on" à toute rencontre ou rendez vous que tu ou vous jugerez utile pour trouver le moyen d'un accord qui respecte les communistes que tu représentes. Ensemble nous pouvons faire la différence et je serai garante du fait que les communistes soient respectés pour ce qu'ils sont : un parti important. 
Bien à toi 
Sandrine"