Face à la marée brune, la vraie gauche ne cède pas

Danger à gauche Bd Saint-Michel Paris 2

Maudits soient les commentateurs télé qui répétaient en boucle dimanche soir combien à leurs yeux le Front national avait « échoué » ! Tout cela sur la base des sondages précédant l’élection, ce qui n’a aucun sens. Claire Chazal insistait sur la « déception » de Marine Le Pen, comme si elle présentait non une soirée électorale mais un magazine people. La réalité est toute autre. Ce billet vous en parlera, ainsi que de la participation des camarades du PG à ces départementales, à Lille, Douai et dans le Bassin minier du Pas-de-Calais.

 Ainsi donc, le désastre attendu se réalise sous nos yeux. Le FN est de fait le premier parti de notre région avec 31,85% dans le Nord et 35,67% dans le Pas-de-Calais. Par rapport au scrutin européen de mai 2014, le FN gagne plus de 45.000 voix (446.000 contre 401.000), nouveau record de mobilisation des électeurs (à l’exception de la présidentielle dont le taux de participation était bien supérieur). L’implantation du FN se confirme à Hénin-Beaumont (58% pour le FN le 22 mars 2015, contre 50,25% le 23 mars 2014 pour l’unique tour de la municipale) ce qui traduit une meilleure mobilisation de l’électorat frontiste puisque la participation globale était nettement moindre d’une élection à l’autre. C’est tout le Bassin minier du Pas-de-Calais qui menace de tomber du côté du FN, soit 4 à 8 cantons. D’autres encore, plutôt ruraux (Saint-Pol ou Bapaume) sont également menacés. Un groupe FN au conseil départemental du Pas-de-Calais est donc très probable à l’issu des élections.

Dans le Nord, le FN a réussi à percer à Dunkerque, à Roubaix, et surtout dans la partie Est du département. Ce sont pas moins de cinq duels PCF-FN qui auront lieu dans le Douaisis et le Valenciennois, avec des risques réels que plusieurs cantons passent à l’extrême-droite.  Au total, le FN se trouve au second tour dans 76 cantons du Nord-Pas-de-Calais sur les 78 encore à renouveler.

Et pendant ce temps, l’état-major du P « S » régional reste sourd dans la tempête. Rien n’ébranle ses certitudes. La plupart des élus ou responsables du PS ne voient pas le rapport semble-t-il entre l’effondrement de l’électorat de gauche et la politique de droite menée par le trio Hollande-Valls-Macron – liste non exhaustive. On se lasse presque à égrener toutes les marques de droitisation du P « S » régimaire, envers et même contre sa majorité parlementaire au besoin : loi Macron, soutien passif aux négociations sur le Grand marché transatlantique, obéissance aveugle aux traités européens dont on avait pourtant promis la renégociation, soumission aux multinationales, continuation des politiques pro-nucléaires et anti-écologistes, abandon ou destruction des services publics, néantisation des investissements publics, criminalisation de l’action syndicale, mépris des fonctionnaires, casse de l’Inspection du Travail, culpabilisation des chômeurs, abaissement des collectivités locales et du Parlement, et j’en passe. Devant un tel bilan, c’est le mot même de « gauche » qui n’est plus reçu et compris par nos concitoyens, à qui l’on répète à longueur d’antenne que « la gauche est au pouvoir ».

Ce qui restera comme un mystère historique est la passivité moutonnière des élites roses locales, grandes muettes devant le désastre annoncé, impuissantes devant les fusions de régions inutiles et imposées, devant l’amputation des moyens d’action, etc. Pour en connaître un certain nombre, ce sont souvent d’efficaces techniciens politiques, mais si peu des hommes politiques, au sens qu’ils ne servent plus un projet politique de transformation globale de la société. Je passe très vite sur ce sujet,  ce n’est pas (plus) l’essentiel du moment.

Au milieu de cet océan de brun et de bleu horizon, nous avons tout de même quelques motifs de satisfaction, avec la très bonne tenue de nos candidats dans la métropole lilloise. Lorsque je dis « nos candidats », je parle des camarades du PCF, d’Ensemble, d’EELV et du PG qui ont proposé une nouvelle offre politique sur 4 cantons lillois et celui de Roubaix-2.  Pour la première fois, toutes les forces du Front de gauche et EELV ont passé un accord offensif, clairement dirigé contre les politiques d’austérité, et se sont présentées unies sur l’ensemble de la ville de Lille. Il ne pouvait avoir d’effet tangible qu’à ce prix : s’il n’avait pas concerné tout le territoire lillois, l’accord n’aurait été qu’anecdotique. Au vu de ses résultats, il devient historique ! En moyenne, les Lillois ont accordé 20% à nos couleurs. Pas suffisamment pour se qualifier pour le second tour, mais bien assez pour rêver des suites à donner à ce rassemblement.

Que l’on mesure ce que représente ce rapprochement entre des forces qui ont bien des différences (EELV et PCF) mais qui sous-estimaient leurs points communs. Les candidats « socialistes » du second tour n’en menaient pas large en contactant nos candidat-e-s pour quémander leur soutien. Ont-ils si peu de mémoire qu’ils auraient déjà oublié la manière méprisante dont Martine Aubry a refusé un accord honorable de fusion démocratique au Front de gauche au second tour des municipales de 2014 ? Là comme ailleurs, nous ne donnerons ni logos ni soutien direct. Seul un appel à ne donner aucune voix au FN est lancé, à charge pour les candidats du parti « socialiste » de convaincre nos électeurs qu’ils méritent leurs voix.

Pour le PG, cette élection confirme l’ancrage d’une génération politique principalement advenue aux municipales de 2014, nourrie au lait de l’unité et de l’action. Que l’on songe à Jean-Pierre Houbron à Marquette (canton de Lille-1), assisté du très expérimenté Ugo Bernalicis comme directeur de campagne. À Sébastien Polvèche, dans le canton de Lille-3, qui a fait une formidable campagne avec Stéphanie Bocquet (EELV), Virginie Drapier (EELV) et Thomas Alam (PCF). À Thierry Duel dans le dangereux canton de Roubaix-2…  Bravo à eux et à celles et ceux qui n’ont rien lâché durant la campagne !

Dans le Bassin minier du Pas-de-Calais, le PG était allié dans 4 cantons aux écologistes d’EELV avec lesquels nous partageons une même ambition de renouvellement des pratiques politiques et de transition sociale et écologique du territoire. Dans cette terre profondément travaillée par le FN, les résultats ont été arithmétiquement plus difficiles (de 4 à 6%). Mais des équipes jeunes et indomptables (je pense ici à Guillaume Fournier, conseiller municipal d’opposition de Fouquières-Lès-Lens, et de plusieurs candidat-e-s EELV) gagnent ici leurs galons pour de prochains combats.

Dans le Cambrésis cette fois, toujours acquis à la droite (ô combien encore cette année…), c'est notre camarade Jean-Pierre Desfassiaux qui a été l’un des suppléants d’une liste Front de gauche menée par Jean-Louis Delhaye, conseiller d’opposition historique du PCF à la majorité de droite. Et comme aux municipales, ce sont tout de même 6,8% des électeurs qui ont soutenu le Front de gauche dans ce milieu politique hautement hostile. Même ici, des points d'appui à la résistance à la droite existent.

J’ai gardé le meilleur pour la fin. Il s’est produit une grande première pour le PG régional dans le canton de Douai car, pour la première fois, une liste 100% PG s’est présentée menée par nos camarades François Guiffard et Martine Cherbuis. Le contexte a fait qu’il n’a pas été possible de s’allier avec les PCF et EELV locaux, les camarades ont donc fait le boulot avec entrain dans le cadre d'assemblées citoyennes. Avec une campagne sans gros moyens, sans ancrage clientéliste, parmi une offre politique saturée (PS, EELV, PCF, UMP-UDI, FN) ils ont rassemblé 4,3% des voix, contre 5,4% à EELV et 7,8% au PCF. C’est un événement que je juge considérable car pour la première fois, nous avons pu mesurer l’effet du PG seul en campagne dans le Nord-Pas-de-Calais. Vous pouvez considérer que le résultat n’est pas terrible, je le trouve très prometteur. Sans la notoriété (EELV) ou un ancrage ancien (PCF), nos candidats ont fait des pointes à 7 et même 9% dans certains bureaux populaires de Douai ! L’autre enseignement de ce vote est que la somme des forces du FdG et d’EELV, si elles avaient été unies, aurait dépassé le PS. J’espère que les camarades trouveront dans ces résultats un encouragement pour tenir le terrain et donner des suites  à ce premier défi.

Beaucoup de nos camarades sortent épuisés de cette campagne, car ils ne sont pas des professionnels de la politique qui pourraient mettre en suspens leurs activités pour faire campagne. Ils sont souvent salariés ou étudiants, ont une vie de famille, et sacrifient beaucoup pour défendre des idées généreuses. Ils méritent bien notre respect et notre soutien.

Le second tour des élections départementales aura lieu dimanche. Nos alliés et nous ne sommes pas des poissons rouges, pas de perte de mémoire ! Nous savons bien pourquoi la vieille Lune de l’ « Union de la gauche » avec le P « S » n’est plus possible aujourd’hui du fait des politiques menées aux plans national et européen,  que j’ai rappelées plus haut. La seule consigne que nous donnerons est « pas une voix au FN ! », car les candidats FN sont hors du cercle de la République par leur xénophobie latente ou explicite. Les diviseurs du Peuple, les fabricants de boucs émissaires et faux-nez conservateurs doivent être battus !

3 réflexions au sujet de « Face à la marée brune, la vraie gauche ne cède pas »

  1. Bravo Laurent, rappelons que ces prétendus journalistes n'ont fait que de parler du FN aux heures d'écoute. Ils martèlent si bien que ceux-ci ont été largement banalisés par eux. Bravo aussi à nos camarades qui se sont lancés dans ce combat. Nous les soutenons de toute notre force. On continue.

  2. Excellente analyse comme d’habitude. Des résultats qui nous confortent dans l’objectif des Régionales. Très bien l’usage du terme « commentateurs télé », à la place du mot « journalistes » qui stigmatise une profession (à souffler à l’oreille de Jean Luc Mélenchon). Jean Loup et Brigitte

  3. Bravo Laurent pour ce survol régional de nos résultats encourageants malgré les nombreux adversaires qui de droite et de gauche convergent leurs attaques contre la VRAIE gauche qui poursuit de défendre la population inlassablement
    courage à tous : on lâche rien !

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