Stop au vandalisme culturel !

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Je vais souvent au concert, en particulier au Nouveau Siècle où se produit l’orchestre national de Lille. Un événement rare s’y est déroulé hier soir : la prise de parole d’un musicien en préambule du concert afin d’attirer notre attention sur la mobilisation mondiale des musiciens d’orchestre permanent.

La Fédération internationale des musiciens (FIM) lance un appel intitulé « Stop au vandalisme culturel » et alerte l’opinion mondiale sur la disparition de nombreux orchestres permanents et d’opéras ces dernières années, « en Bulgarie, au Danemark, en Allemagne, en Grèce, aux Pays-Bas, en Espagne, ou encore en Argentine ou aux États-Unis ». La goutte d’eau qui a récemment fait déborder le vase est le licenciement  brutal de l’orchestre permanent de l’opéra de Rome. Les vandales qui portent la responsabilité de ces décisions sont les élus locaux et nationaux de ces pays qui entérinent les coupes budgétaires. C’est un crime pour plusieurs raisons.

D’abord, un orchestre permanent est à la fois un collectif d’histoire incarnée, une expérience unique, et une capacité d’apprentissage et d’adaptation renouvelée. Tuer ce collectif est un gâchis aussi grand que, dans un autre registre, couler une entreprise juste parce qu’elle ne fait pas assez de profit. Dans les deux cas, c’est l’insensibilité des décideurs devant le caractère irremplaçable du collectif humain qui est en cause.

D’autre part, entraver la pratique culturelle qui consiste à aller au concert n’est pas anodin. Cela révèle un projet de société antidémocratique. Oh, le riche et le bourgeois auront toujours les moyens de vivre ce moment ! Mais les autres ? Le pourront-ils encore lorsque les institutions culturelles commenceront d’être touchées mortellement par les restrictions budgétaires ? La situation actuelle n’est déjà pas satisfaisante puisque la fréquentation des concerts est largement corrélée au groupe social auquel on appartient. Liquider les orchestres permanents ne peut que confiner la musique d’orchestre aux classes aisées.

Mais me dira-t-on, est-ce si grave après tout ? Il y a tant d’autres problèmes dont se préoccuper… Oui, si l’on croit à la démocratie en tant que processus d’émancipation des individus, lesquels feront des citoyens qui eux-mêmes donnent corps à la vie démocratique. Et la pratique culturelle (musicale comme bien d’autres) y contribue[i]. L’accès à la culture est un impératif démocratique, jamais un luxe ! Abandonner ces politiques revient à changer insensiblement de projet politique, à abandonner le processus de démocratisation (qui ne se réduit bien sûr pas à son aspect culturel, mais qui se rattache au projet de la République sociale).

Si la France n’est pas touchée pour le moment par la vague de fermeture d’orchestres permanents, la menace existe bien du fait de la quête forcenée d’économies dans les budgets publics. Pendant ce temps, M. Bernard Arnault peut jouer les mécènes en ouvrant une fondation dédiée à l’art contemporain. Misère publique, richesse privée, rien ne vous étonne ?

Dans son Alexis, Marguerite Yourcenar écrit : « Les gens qui vont au théâtre cherchent à s’oublier eux-mêmes ; ceux qui vont au concert cherchent plutôt à se retrouver. Entre la dispersion du jour et la dissolution du sommeil, ils se retrempent dans ce qu’ils sont. Visages fatigués des auditeurs du soir, visages qui se détendent dans leurs rêves et semblent s’y baigner ».  Pour que tout le monde puisse se baigner dans ses rêves, signez et faites signer la pétition de la FIM !

 


[i] Je pourrais évoquer aussi la disparition des bibliothèques publiques anglaises, canadiennes et américaines, ainsi que d’importantes bibliothèques de recherche en Italie. Ces dernières années, ce sont plus de 10% de ces établissements qui ont fermé outre-manche.

 

Une réflexion au sujet de « Stop au vandalisme culturel ! »

  1. Bravo à ce musicien d’un orchestre que j’aime toujours écouter! Il a bien raison d’attirer notre attention sur ce sujet( En France très peu de troupes de théâtre ou d’opéra subsistent par exemple).
    Merci Laurent de te faire le relais de cette émouvante déclaration. Non ,la culture n’est pas futile! Oui, se battre pour un orchestre, une troupe lyrique, un comité de rédaction, les intermittents du spectacle ou la Recherche, c’est se battre pour chacun d’entre nous, CONTRE le GMT,les multinationales, le MEDEF , une politique austéritaire, le Gouvernement Hollande etc…

    Parce que selon le joli mot de Schiller le peuple a besoin de pain et de roses.

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