Syriza et la Grèce défient la finance

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Nos vœux de réussite vont ce soir à nos camarades de Syriza, qui ont conquis de haute lutte la majorité au Parlement grec. Après des années d’humiliations infligées au peuple grec par le FMI, la BCE et l’Union européenne, c’est un signe d’espoir qui apparaît à Athènes.

Comprendra-t-on un jour comment des fonctionnaires européens et économistes de la Troïka ont pu en toute impunité mettre tout un peuple à l’amende, diminuer de 40% les pensions tout en renchérissant d’autant les soins, supprimer quasiment le droit du travail, mettre le patrimoine du pays à l’encan, diminuer le SMIC local de 30% ? Comment la dette publique grecque est passée de 125% du PIB à 180% aujourd’hui en dépit des saignées imposées au peuple, tout en épargnant les grandes fortunes privées et celle de l’Église orthodoxe ? Et comment des dirigeants grecs ont pu accepter d’être les hommes de paille d’un pouvoir non élu, véritable dictature qui a suspendu la vie démocratique du pays durant plusieurs années ? Le tout avec l’assentiment, pire, les menaces contre les Grecs des chefs d’États européens qui prétendaient parler en notre nom !

Avec la victoire de Syriza, c’est sa souveraineté qui est rendue au peuple grec. De formidables défis sont à relever par la nouvelle majorité menée par Alexis Tsipras. Sa réussite est maintenant une question d’intérêt européen que nous aurons à cœur de soutenir par tous les moyens.

Il est plaisant de voir que ce qui était impossible il y a quelques jours encore devient soudainement envisageable. Devant la victoire de Syriza, les instances européennes vont se mettre à la table de négociation avec le nouveau pouvoir grec pour alléger la dette du pays. Pour la Troïka, un atterrissage en douceur est préférable afin d’éviter de choquer les si sensibles marchés financiers… C’est ce qui s’appelle retourner la situation en sa faveur. La victoire de Syriza change le rapport de forces en faveur du peuple grec. Puisse son exemple faire tâche d’huile parmi les pays qui ont le plus souffert des politiques ravageuses favorables à la finance !

Il y a mieux encore. L'importance donnée à l'élection grecque dans nos médias donne une audience inédite à nos idées et à nos couleurs. Plus que jamais nous sommes interdépendants : demain, la réussite d'Alexis Tsipras sera montrée en exemple partout et, nous l'espérons, ouvrira la voie en Europe à d'autres victoires de la gauche radicale et écologiste.

Vive Syriza ! Vive le peuple grec !  Résistance !

Une réflexion au sujet de « Syriza et la Grèce défient la finance »

  1. Salut Laurent….Ca va ? je t’envoie l’article de Krugman sur l’élection de Tsipras. Il pense même que Syriza n’est pas encore assez radical. Tu vas voir ça décoiffe

    JAN. 26, 2015 Paul Krugman – New York Time
    Ending Greece’s Nightmare – Mettre fin au cauchemar grec
    Les projets de Syriza ne sont peut être pas assez radicaux

    Alexis Tsipras, leader de la coalition de gauche Syriza, est sur le point de devenir premier ministre de Grèce. Il sera le premier dirigeant européen élu sur une promesse explicite de remettre en cause les politiques d’austérité qui ont prévalu depuis 2010. Et il y aura, bien entendu, beaucoup de gens le mettant en garde pour abandonner cette promesse, pour agir « responsablement ».

    Alors comment cette affaire de responsabilité marcha t-elle jusqu’ici ?

    Pour comprendre le tremblement de terre en Grèce, il est utile de porter un regard sur l’accord d’attente de la Grèce de mai 2010 avec le FMI, sous lequel la-soi disant Troïka – le FMI, la BCE et la Commission Européenne – prolongèrent les prêts au pays en échange d’une combinaison d’austérité et de réforme. C’est un document remarquable, dans le pire sens du terme. La Troïka, tout en prétendant être résolue et réaliste, vendait un fantasme économique. Et le peuple grec paie le prix de ces délires d’élite.

    Voyez vous, les projections économiques qui accompagnaient l’accord d’attente envisageaient que la Grèce pourrait imposer une austérité dure avec peu d’effets sur la croissance et l’emploi. La Grèce était déjà en récession lorsque l’accord fut trouvé, mais les projections envisageaient que ce marasme prendrait fin bientôt – qu’il n’y aurait qu’une modeste contraction en 2011, et qu’en 2012 la Grèce connaîtrait la reprise. Le chômage, reconnaissaient les projections, monterait substantiellement, de 9.4 % en 2009 à presque 15 % en 2012, mais ensuite commencerait à descendre assez rapidement.

    Ce qui s’est réellement produit fut un cauchemar économique et humain. Loin de prendre fin en 2011, la récession grecque repartit de plus belle. La Grèce ne devait atteindre le fond qu’en 2014, et à ce stade elle a connu une dépression au plein sens du terme, avec un chômage total grimpant à 28 % et un chômage parmi les jeunes montant à presque 60 %. Et la reprise désormais en cours, telle qu’elle est, est à peine perceptible, n’offrant aucune perspective de retour aux niveaux de vie d’avant la crise dans un futur prévisible.

    Qu’est ce qui n’a pas été ? Je rencontre assez souvent des affirmations en ce sens que la Grèce n’a pas tenu ses promesses, qu’elle n’a pas su réaliser les coupes promises. Rien ne saurait être plus éloigné de la vérité. En réalité, la Grèce imposa des coupes sauvages dans les services publics, les salaires de fonctionnaires et les prestations sociales. Grace aux vagues successives d’austérité, les dépenses publiques furent amputées bien au-delà de ce que le programme original envisageait, et elles sont actuellement environ 20 % en dessous de ce qu’elles étaient en 2010.

    Pourtant les problèmes avec la dette grecque sont plutôt pires qu’avant que le programme ne démarre. Une raison est que le plongeon économique a réduit les rentrées : le gouvernement grec fait rentrer une part du PIB substantiellement plus importante en impôts qu’il le faisait auparavant, mais le PIB a chuté si rapidement que le prélèvement fiscal général est en baisse. En outre, la plongée du PIB a poussé un indicateur fiscal clé, le ratio de la dette par rapport au PIB, à continuer de grimper alors même que la croissance de la dette a ralenti et que la Grèce bénéficia de modestes effacements de dette en 2012.

    Pourquoi les projections de départ étaient elles si largement trop optimistes ? Comme je le disais parce que les soi disant dirigeants résolus étaient en réalité engagés dans un fantasme économique. Tant la commission européenne que la BCE décidèrent de croire aux fées de la confiance – c’est-à-dire, d’affirmer que les effets directs des coupes dans les dépenses destructrices en termes d’emplois seraient plus que compensés par un surcroît d’optimisme du secteur privé. Le FMI fut plus prudent, mais quoiqu’il en soit il sous estima manifestement les dégâts que l’austérité infligerait.

    Et voici le problème : si la Troïka avait été pleinement réaliste, elle aurait admis qu’elle exigeait l’impossible. Deux ans après le démarrage du programme grec, le FMI rechercha des exemples historiques où des programmes du type grec, des efforts pour rembourser une dette au travers l’austérité sans effacement majeur de la dette ou inflation, ont réussi. Il n’en trouva aucun.

    Alors désormais que Mr Tsipras a gagné, et a gagné largement, les dirigeants européens seraient bien avisés d’éviter les leçons de morale l’appelant à agir responsablement et à se conformer à leur programme. Le fait est qu’ils n’ont aucune crédibilité ; le programme qu’ils ont imposé à la Grèce n’a jamais eu de sens. Il n’avait aucune chance de marcher.

    Plutôt, le problème avec les projets de Syriza est peut être qu’ils ne sont pas assez radicaux. L’effacement de la dette et un relâchement de l’austérité réduiraient la souffrance économique, mais il est douteux qu’ils soient suffisants pour produire une reprise solide. D’un autre côté, on voit mal ce qu’aucun gouvernement grec peut faire de plus à moins d’être prêt à abandonner l’Euro, et l’opinion publique grecque n’est pas prête à cela.

    Pourtant, en appelant à un changement majeur, Mr Tsipras est bien plus réaliste que les dirigeants qui voulaient que les violences continuent jusqu’à ce que le moral s’améliore. Le reste de l’Europe devrait lui offrir une chance de mettre fin au cauchemar de son pays.

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