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L’horreur, l’humeur, l’honneur

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On me pardonnera de reprendre de façon détournée un célèbre aphorisme du Prince de Ligne comme titre, pour exprimer les sentiments qui m’animent à ce moment.

Hier soir, comme des millions de gens, j’ai suivi consterné les événements parisiens, avec le bilan insoutenable que nous leur connaissons, à cette heure 129 morts et plus de 350 blessés. Comme des millions d’autres, j’ai revécu le sentiment douloureux qui nous a saisi en janvier dernier d’une rupture du fil de l’histoire. Que faisions-nous la journée de l’attentat, quels projets faisions-nous ? Tout cela a fané en quelques heures : souvenirs joyeux, projets personnels et collectifs, toute l’adrénaline de l’engagement, tout est maintenant pétrifié, jauni comme de vieilles photos. Nous sommes tous en deuil. C’est maintenant le temps du recueillement en hommage aux victimes de ces lâches attentats.

J’exprime ici mon dégoût à l’égard des responsables UMP et FN qui ont commencé à polémiquer sur les réseaux sociaux dès hier, alors que le calme n’était pas encore tombé sur les lieux d’attentat. Je pourrais les qualifier de « vautours » ou de « charognards » mais ce serait faire insulte à ces animaux bien utiles, utilité qui ne saute pas aux yeux concernant Aliot, Morano, de Villiers et consorts. Comme toujours, la palme revient au Front national qui a fait assaut de bassesses depuis 24 heures. Alors que tous les partis politiques ont suspendu leur participation à la campagne électorale des régionales, de façon tacite devant la catastrophe qui touche la Nation et en respect du deuil national, le FN a collé aujourd’hui des centaines d’affiches à l’effigie de Marine Le Pen aux alentours de Lille. En même temps, la présidente du Front national est intervenue aujourd’hui pour rappeler son soi-disant plan anti-terrorisme (datant de janvier dernier) qui amalgame insécurité et immigration en France. Enfin, les « identitaires » d’extrême-droite, toujours proches du FN, relèvent la tête, multipliant les provocations comme cet après-midi à Lille lors du rassemblement en hommage aux victimes des attentats d’hier. Bref, ces gens-là divisent le pays au moment où la pondération et la raison nous commandent au contraire d’opposer un front uni à l’agresseur.

On peut éprouver une réserve instinctive vis-à-vis des injonctions à l’unité, c’est mon cas, mais soyons conscients qu’il entre dans les objectifs même de l’ennemi de créer des divisions entre les citoyens de notre République. Aujourd’hui, le recrutement de djihadistes passe par l’embrigadement de jeunes personnes à qui l’on fait croire qu’elles appartiennent à une communauté brimée, distinctes du corps de la Nation, autrement dit que leur proximité réelle ou fantasmée à la religion musulmane leur assigne une identité (ce qui est d’autant plus facile à faire croire qu’ils vivent une réelle discrimination territoriale, économique et sociale). Or, c’est la négation de la République car celle-ci refuse de trier les citoyens selon leur religion, et encore plus de désigner des boucs émissaires.

Pour que les terroristes n’aient pas gagné, nous devons ne pas nous diviser. Comme le déclare Christian Salmon, « le terrorisme n’a qu’un but : imposer son récit d’un monde en guerre ». Disons-le, FN et terroristes ont des intérêts convergents, le premier en jouant de la peur créée par les attentats pour discriminer les minorités visibles et dessiner ainsi un portrait en blanc de la Nation, les seconds car ils veulent casser le modèle de coexistence laïque et pacifique qu’incarne la France, aussi imparfait soit-il. D’où la jubilation des frontistes en cette période affreuse.

Cela nous oblige, nous républicains de gauche et écologistes, à défendre un projet collectif respectueux de l’intérêt général. La réponse que je préfère est celle de l’égalité, de la fraternité et de la laïcité, en intégrant enfin la prise en compte de notre écosystème commun. Résister, c’est aussi déclarer que nous garderons notre joie de vivre. Chers terroristes, vous ne nous ferez pas changer, nous voulons même améliorer nos réflexes républicains.

 

L’honneur, enfin, c’est celui des citoyens qui se sont mobilisés pour donner leur sang en solidarité avec les victimes, au point de saturer aujourd’hui les centres de transfusion. C’est aussi la qualité de nos pompiers, flics, urgentistes, infirmières, tous ceux qui contribuent au service du public, celles et ceux qui, bien qu’en repos, sont revenus spontanément au travail car ils savaient être utiles. Gloire leur soit rendue, ils sont notre honneur.

Comme beaucoup, je pense avec émotion aux familles des victimes, celles qui ont succombé comme celles qui se battent encore contre la mort. Nous n’oublierons jamais.