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Le visage des « solfériniens » de Lille

Nous voilà 48 heures après le premier tour des élections, les listes du second tour viennent d’être déposées. La tension de ces deux jours retombe à peine au moment où j’écris ces lignes amères. Avant de faire un bilan plus large des municipales dans la région Nord-Pas-de-Calais, il faut que j’évoque ici à chaud la situation lilloise.

La liste Front de gauche de Lille emmenée par une jeune tête de liste communiste de 34 ans, Hugo Vandamme, a réuni 3437 voix, soit 6,17% des suffrages. Sur cette liste, le PG était représenté par 10 candidat-e-s dont notre tête de file Sébastien Polvèche. Pour que le tableau soit complet, rappelons que la liste de Martine Aubry (Parti  « « « socialiste » » »[1]) a réuni 34,86% et celle de Lise Daleux (EELV) 11,08%.

Après le premier tour et en urgence, les listes de gauche se rassemblent traditionnellement pour ne pas faire le jeu de la droite ou du FN, en tout cas limiter au maximum l’élection de conseillers de droite ou d’extrême-droite.

Ainsi, dès hier matin, des représentants du Parti  « « «  socialiste » » » de Lille ont reçu une délégation du Front de gauche venu discuter du programme et leur éventuelle fusion en vue du deuxième tour. Avec un résultat de 6,17%, en rapport avec le total des voix de gauche à Lille, nous étions en droit de prétendre à 5 ou 6 élus au conseil municipal. Après une entrée en matière plutôt positive sur les aspects programmatiques qui pouvaient être mis en commun, les émissaires solfériniens annoncent aux nôtres qu’ils leur proposent UNE place au conseil municipal, UNE place pour 3437 électeurs.

Je vous passe les tractations dans le détail car entre temps nous apprenons que EELV vient de signer l’accord avec le PS, logique vu de loin, mais étonnant lorsque l’on sait que Martine Aubry a littéralement viré la délégation écologiste de son bureau lors de leur première entrevue lundi matin… Nous verrons bien ce que EELV a concrètement obtenu du P « « « S » » » lillois.

Après moult allers et retours, les solfériniens proposent au final trois sièges pour le Front de gauche mais, comble de la mesquinerie, demandent de sacrifier la tête de liste Hugo Vandamme qui serait relégué en place non éligible (sans doute pour crime de lèse-tsarine ? « Qu’on lui coupe la tête ! » dirait la Reine de cœur dans Alice au Pays des Merveille). Devant une exigence aussi extravagante et choquante, les négociations sont définitivement rompues. Le Front de gauche ne sera donc pas au second tour de l’élection municipale de Lille.

Quelles conclusions tirer de ces événements ?

D’abord, il faut souligner l’arrogance inouïe des barons solfériniens face à la délégation du Front de gauche, le souci de punir et d’humilier qui transpiraient d’eux. Lorsqu’on propose sans rire UN siège à une liste qui en représente 5 ou 6, on est dans le règlement de compte et pas dans la volonté de conclure un accord honnête. En particulier, il y a là le souci de punir durement les communistes lillois d’avoir osé former une liste du Front de gauche.

Ensuite, il faut parler du mépris témoigné par les solfériniens à l’égard des 3437 électeurs de gauche qui se sont déplacés au premier tour pour élire des représentants du Front de gauche, anticipant la réunion des listes au second tour. Ces électeurs n’ont pas voté pour des listes « inutiles » mais pour créer un rapport de force entre les forces de gauche qui gouvernent. Au final, ils ne seront pas représentés à cause de l’arrogance des représentants du P « « « S » » ».

Enfin, le Front de gauche a fait face de manière unitaire à cette adversité. Nous ne nous vendons pas contre l’abandon d’un camarade qui a tant donné à la campagne. Sachez que Hugo Vandamme est un salarié qui retournera au boulot dès ce mercredi matin, lui, quand les barons solfériniens prendront sans doute quelques jours de repos bien mérités de préférence loin de Lille.

L’attitude méprisante des solfériniens de Lille montre leur vrai visage. Que nos électeurs du premier tour sachent bien que leur cynisme leur fait considérer ouvertement la présence du FN au second tour comme leur assurance-vie. Le PG ne cesse de dénoncer le FN comme le « diable de confort » du système, en voilà un exemple assumé. La présence du FN tient lieu de serre-file pour empêcher toute alternative à gauche d’exister face au PS, elle arrange bien les solfériniens : c’est le FN qui garde le système en bon ordre.

Que l’on se le dise : Martine Aubry n’est pas la femme de gauche, rassembleuse et respectueuse de la diversité dont elle cultive l’image. La majorité qu’elle souhaite donner à Lille doit être soumise et tant pis si elle est amputée d’un secteur trop en phase avec le mouvement social. Aucune voix dissonante n’est plus supportable à la Cour. C’est un signe parmi tant d’autres de la panique qui saisit le parti « « «  socialiste » » » devant le réel agité qui lui échappe de plus en plus, un signe de plus de son ralliement aux hautes sphères dirigeantes pour qui l’intérêt général n’a plus de sens. Le signe final que le parti solférinien a largué les amarres d’avec les couches populaires.

Pour ma part, je répondrai dimanche prochain au choix impossible qui m’est proposé à Lille par un bulletin blanc : ni FN, ni UMP, ni solfériniens.



[1] Le caractère « socialiste » du PS n’étant plus avéré,  nous cherchons des manières d’en parler sans entretenir l’illusion d’électeurs sincèrement de gauche. Ainsi, nous utiliserons désormais des paires de guillemets comme autant de pincettes, suivant l’exemple de Sébastien Fontenelle dans sa chronique hebdomadaire dans le magazine Politis. Au PG, nous qualifions le P « « « S » » » de « parti solférinien » du nom de la rue où il siège à Paris. Cependant, la rue de Solferino à Lille est plutôt surnommée « la rue de la soif » car c’est le lieudes beuveries étudiantes. En un sens cela reste cohérent, tout ce qui commence rue de Solferino finit en gueule de bois.

Une journée internationale de la Femme à Harnes

Les camarades du PG de Harnes m’ont invité à parrainer en cette journée du 8 mars la liste PG-EELV formée pour les municipales.

Une chaleur humaine extraordinaire. C’est l’impression que dégage la tête de liste du PG à Harnes Corinne Taté qui entraîne une équipe motivée et organisée autour d’elle. Devant 60 personnes, j’ai rappelé le sens de notre mobilisation, voire de notre existence en tant que force militante.

 Nous sommes en lutte contre l’austérité qui s’abat sur nos concitoyens, logique folle qui consiste à nous faire payer un train de vie « au-dessus de nos moyens »… auquel nous n’avons jamais eu droit en fait. Ce ne sont pas les 99% de la population soumis aux politiques austéritaires qui vivent « au-dessus de leurs moyens », ce sont les 1% qui accaparent les richesses produites à leur seul avantage. Il n’y a pas de très riches sans très pauvres !

Dans une commune du Bassin minier profondément modelée par l’exploitation houillère, nos mots d’ordre écosocialistes ne sont pas théoriques. Par cette idée, nous défendons à la fois, la distribution égalitaire des richesses et le respect absolu de notre écosystème qui est un bien commun de l’humanité. En ce sens, nous opérons la synthèse républicaine du socialisme et de l’écologie politique autour de l’impératif de l’intérêt général.

 J’ai rappelé également que le PG est bâti autour d’une colonne vertébrale qui lui donne une cohérence idéologique du « bas » (le terrain démocratique municipal) au « haut » (notre internationalisme, notre critique radicale des traités libéraux européens), en passant par les niveaux départementaux, régionaux et nationaux. Ce qui n’est pas la posture adoptée par certains de nos alliés.

 Était-il possible de ne pas parler de notre rapport avec certains communistes (je ne dis pas « les » communistes), dans une commune où nous nous présentons séparément du PCF ? Ceux-là se comportent vis-à-vis de nous comme un grand-frère qui cherche à commander un petit-frère turbulent et moins expérimenté. La confiance disparaît quand on s’aperçoit que ledit grand-frère défend moins les intérêts de la famille que les siens propres. Nous n’avons pas de leçons à recevoir après la trahison devant l’ennemi qui vient d’avoir lieu à Hénin-Beaumont, lorsque des dirigeants communistes sans honneur ont lâché la liste Front de gauche à une semaine de son dépôt, sans même oser la réunir, pour négocier des sièges au conseil municipal.

 Je n’en dirai pas plus. La présence et le soutien de certains responsables communistes aujourd’hui à Harnes ou exprimés à distance, en disent long sur le malaise que ce coup dans le dos – qui n’est pas le seul accroc à la loyauté due au sein du Front de gauche – crée au sein même de nos alliés.

 C’était le 8 mars, occasion de rappeler que les luttes féministes sont des luttes pour l’égalité et que seule la gauche en est garante. Les femmes fournissent les deux tiers du volume global du travail total de l’humanité. Elles subissent la triple peine qui les amène à prendre des retraites de misère : faibles salaires, chômage plus important, et handicap des maternités non compensées. Tout cela peut être corrigé si une volonté politique existait pour le faire, ce qui implique de renverser le rapport de forces entre les forces progressistes et les forces conservatrices. Qui pourrait croire à une telle combativité de l’actuelle majorité parlementaire au vu de son recul sur la loi « famille » ?

Nous avons à Harnes une tête de liste féminine, ce qui est un défi pour elle et ses proches. Les camarades du PG d’autres communes du Pas-de-Calais qui nous ont fait l’amitié de leur présence, Marie-Laure Darrigade notre secrétaire nationale à l’Enfance, la Santé et à la Protection sociale, Christine Le Coënt membre du bureau national et moi-même souhaitons bonne chance et bonne campagne à nos amis de Harnes !