Vote sous pression du Schéma régional de cohérence écologique

Lors de la plénière des 2-3-4 juillet, le conseil régional a débattu du Schéma régional de cohérence écologique – trame verte et bleue (SRCE-TVB), dans une ambiance très particulière. En effet, la fédération régionale des chasseurs (FRC) avait appelé à la manifestation devant le Conseil régional et a trouvé au sein de l’assemblée de puissants porte-voix.

Qu’est-ce que le SRCE ? C’est un document juridiquement non prescriptif visant à faire le diagnostic territorial d’un écosystème et des enjeux de sa préservation (voir ici). Il est élaboré grâce à une enquête publique et un travail de concertation qui a duré trois ans pour notre conseil régional, laps de temps durant lequel des dizaines d’associations et intervenants des espaces naturels et agricoles ont été entendus, ont pu réagir, déposer des contributions et participer aux débats. Bref, un travail considérable et ambitieux, mené sous la responsabilité d’Emmanuel Cau, vice-président EELV du conseil régional en charge de l’aménagement du territoire et de l’environnement.

Comme l’a expliqué Sylvain Estager en séance, ce qui fait la force du SRCE est aussi sa faiblesse car un tel travail de concertation qui donne tant la parole à des intérêts divers et contraires crée aussi des frustrations chez des participants qui ne comprennent pas pourquoi leur contribution n’est pas reprise intégralement. Avec cette méthode, il est difficile d’exprimer l’intérêt général qui n’est pas, nous le savons, la somme des intérêts particuliers. C’est donc un document politique qui dégage une vision collective, mais où le choix politique est comme effacé, presque caché.

Il faut préciser que le projet de SRCE avait été présenté au conseil régional lors de la plénière précédente des 5 et 6 juin. Le dépôt de dizaines d’amendements au dernier moment en provenance de la FRC avait suscité une demande de réexamen de la part du groupe L’opposition régionale (UMP-UDI-CPNT) à laquelle le président Percheron a accédé au grand dam des partisans du SRCE. Mal lui en prit car la FRC a mis à profit ce temps pour mobiliser ses soutiens…

Ainsi le 3 juillet, le conseil régional a été encerclé par plusieurs centaines de chasseurs venus de toute la région afin de se plaindre de… de quoi au juste ? C’est bien le mystère. Le SRCE, répétons-le, n’est pas prescriptif, il est informatif. De plus, il n’est pas orienté contre la chasse, simplement il tente de trouver une voie médiane aux usages du territoire, n’en privilégie aucun et formule des propositions pour un aménagement de l’espace respectueux de tous. Autant d’arguments dont se moque M. Willy Schraen, président de la FRC Nord-Pas-de-Calais, qui déclare que le point de vue de son association n’a pas (assez) été pris en compte. Des fantasmes incroyables ont été agités auprès des chasseurs et des agriculteurs pour les mettre en mouvement, avec des finalités qui semblent bien éloignées de la défense de la ruralité. Disons-le clairement, M. Schraen a des visées politiques et se sert de ce débat pour faire monter les enchères en vue des prochaines régionales.

Lorsque le SRCE revient devant le conseil régional lors de cette dernière plénière, ce sont plus de 100 amendements au projet, directement dictés par la FRC, qui ont été déposés par deux groupes, le groupe Front national et le groupe Front de gauche – communistes et unitaires (composé de 10 élus communistes et une élue d’Ensemble, Nicole Taquet-Leroy). Le tableau de correspondance entre les amendements montre qu’une vingtaine a été déposée de façon identique par les deux groupes. Qu’un groupe républicain comme le groupe communiste joue à ce point le pourrissement du débat et se fasse le relai d’un groupe d’intérêt particulier en laisse plus d’un pantois.

Notre groupe La Gauche sociale et écologiste a pris position fermement pour le SRCE pour les raisons que Sylvain Estager a expliqué en notre nom. On peut toujours critiquer la méthode suivie, comme nous le faisons, mais il n’en demeure pas moins que le résultat est bien à la fois cohérent et écologique, et que c’est un acquis pour notre région. Pour ma part, j’ai exprimé notre refus catégorique de voter le moindre amendement au SRCE car, tant ceux dont j’ai parlé plus haut, que les cinq portés par l’exécutif (en réaction aux premiers), viennent dénaturer ou modifier le texte initial. Nous refusons d’être instrumentalisés par un groupe d’intérêt particulier qui ne peut prétendre représenter « la » ruralité à lui seul. Nous avons été le seul groupe à porter cette parole intransigeante.

 Au final, le groupe L’opposition régionale demande un vote nominatif (vote électronique) pensant ainsi susciter des votes dissidents dans le groupe socialiste. Vendredi matin, le SRCE est adopté par 60 voix (groupe EELV + groupe PS moins trois élus du MRC + notre groupe LGSE + Nicole Taquet-Leroy membre du groupe Front de gauche – communistes et unitaires) contre 52 (groupe FN + groupe l’Opposition régionale + 10 élus PCF + 3 élus MRC + 2 élus non-inscrits anciens du groupe FN) et une non-participation au vote (Jacques Vernier – UMP).

Le SRCE est maintenant une réalité, il va vivre sa vie malgré les attaques déjà annoncées de la part de la FRC et son tonitruant président. La nature n’appartient pas à une seule catégorie d’usagers, c’est un bien commun.

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